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« Ça ne sert à rien de faire des efforts si la Chine n’en fait pas, t’as vu combien ils sont et combien ils émettent ! »
Il est vrai que la Chine est le plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde, ses émissions sont en hausse et sont plus importantes que celles des pays occidentaux, même pendant les révolutions industrielles. Néanmoins, Xi Jinping a promis d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060 et la notion de « civilisation écologique » fait partie de la Constitution depuis l’amendement de 2018.
Qu’en est-il ? Aujourd’hui, on fait le point sur l’écologie à la chinoise.

Si vous avez 1 minute
- Si la Chine est le plus gros émetteur de CO2 au monde à cause du charbon, elle ambitionne de devenir une « civilisation écologique » et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Pour cela, Xi Jinping intègre l’écologie à ses discours de fierté nationale. Il met aussi en place un autoritarisme vert basé sur des objectifs quinquennaux écologiques imposés aux régions et aux entreprises.
- Des investissements massifs dans les énergies renouvelables et des projets urbains efficaces montrent la motivation du Parti Communiste Chinois et ont des résultats probants.
- L’écologie est surtout un moyen pour la Chine d’étendre son influence mondiale. Elle multiplie les accords avec des pays détenteurs de matières premières pour sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques indispensables aux technologies de la transition. Elle inonde ensuite les marchés occidentaux de produits (comme avec le photovoltaïque en Europe dans les années 2010 par exemple et avec les voitures électriques aujourd’hui).
Au programme
La Chine, le plus gros pollueur de la planète, « l’addiction au charbon »
Mais l’ambition de devenir une « civilisation écologique »
- L’écologie comme élément central du discours du Parti
- Menant tout droit au totalitarisme vert ?
- Des initiatives à grandes échelles
- Investissements massifs dans les énergies renouvelables
- Des villes plus vertes et silencieuses
- Dominer le monde grâce à l’écologie : du business et une stratégie géopolitique
La Chine, le plus gros pollueur de la planète, « l’addiction au charbon »
La Chine représente aujourd’hui 33% des émissions de CO2 mondiales, loin devant les États-Unis (13%), l’Union Européenne (8%) et l’Inde (7%)1. Certes, en tant qu’économie exportatrice, elle émet pour produire des produits manufacturés destinés aux marchés européen et américain. On peut alors argumenter qu’une bonne partie des 33% devrait être attribuée aux autres pays. Mais étant donné l’augmentation de la consommation intérieure, les chercheurs assurent que la Chine pollue aussi énormément pour elle-même.2

La raison principale de ces très hautes émissions réside dans la dépendance au charbon sur laquelle la Chine a basé sa croissance économique et qui reste la principale source d'énergie du pays. Cette tendance ne va pas en s’améliorant : la demande en énergie est telle que le volume produit à partir du charbon ne fait qu’augmenter. Toutes les deux semaines, deux constructions de centrales thermiques à charbon sont validées2, une véritable catastrophe écologique !


Mais l’ambition de devenir une « civilisation écologique »
La Chine a promis d’atteindre son pic d’émission en 2030, la neutralité carbone d’ici 2060 et l’objectif de rendre la Chine écologique est désormais inscrit dans la Constitution depuis l’amendement de 2018. Comment Xi Jinping et le Parti Communiste Chinois (PCC) pensent-ils réellement l’écologie ? Stratégie politique pour conserver le pouvoir ? Opportunité économique pour dominer le monde ? Sincère inquiétude quant à la chute de la civilisation humaine (et pour eux « humaine » signifie « chinoise ») ? Difficile à dire, mais il est certain que le sujet est devenu une priorité.
L’écologie comme élément central du discours du Parti
Pourquoi Xi Jinping se préoccupe-t-il tant de la situation environnementale ? Beaucoup d’autres dirigeants ne s’y intéressent pas ou sont même climatosceptiques (coucou Donald Trump).
L’hypothèse de la sincérité du Président chinois dans la peur des conséquences du changement climatique sur l’humanité est très plausible : il est intelligent, il croit à la science, il voit les chiffres et la situation.
Il est aussi important de rappeler que les catastrophes naturelles ont une signification mystique séculaire dans la culture chinoise. En effet, selon le concept du Mandat du Ciel (天命, Tiānmìng), le Ciel - force cosmique suprême - confère à un souverain le droit de gouverner à condition qu’il agisse avec vertu, justice et bienveillance. Les événements climatiques extrêmes sont alors le message du Ciel que le souverain est en passe de perdre son Mandat et justifient un renversement du pouvoir en place. Xi a donc tout intérêt à ce qu’il n’y ait pas trop d’intempéries ! D’autant plus qu’il sent monter l’indignation de la population, surtout après la révélation de plusieurs scandales sanitaires impliquant des entreprises publiques et des gouvernements locaux.
À partir du milieu des années 2010, Xi Jinping utilise alors la question écologique comme un des fondements de sa propagande. Selon Andrée Clément (L’écologie politique aux caractéristiques chinoises3) celle-ci est même une «aubaine politique», ce qui est de prime abord contre-intuitif.
En effet, depuis des décennies, et de manière démultipliée depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, le Parti communiste a instauré un contrat social tacite. En échange d’une stabilité politique, d’une croissance économique fulgurante, de l’élévation du niveau de vie de la population et de la restauration de la puissance nationale, la population accepte un contrôle social omniprésent et le pouvoir centralisé et autoritaire du PCC.
Dans ce contexte, évoquer la sobriété pourrait faire courir au PCC le risque d'une révolte. Pourtant, en 2019, Xi Jinping affirme :
« Nous devons promouvoir un mode de vie vert et bas carbone, fondé sur la modération et la frugalité, à l’opposé d’un consumérisme extravagant et injustifiable […] » Discours Xi Jinping, Pushing China’s Development of an Ecological Civilization to a New Stage. 2019.
Xi Jinping semble comprendre que le ralentissement de la croissance et l’impossibilité de compter éternellement sur un système économique basé sur l’exploitation de ressources naturelles et une main d’oeuvre peu chère vont de toute façon remettre un jour en question ce contrat social. Le PCC utilise alors le problème climatique pour modifier le contrat et maintenir sa légitimité : mieux qu’un garant de la croissance, le Parti devient le seul capable de conduire la transition écologique de manière pragmatique. Les mesures autoritaires sont d’autant plus justifiées puisqu’il s’agit de la préservation de l’espèce. La lutte des classes devient…la lutte pour la préservation de l’environnement. (Clément, Andrée . L’écologie politique aux caractéristiques chinoises3).
De plus, des progrès en matière écologique prouveraient l’efficacité et le prestige des régimes autoritaires par rapport aux régimes démocratiques, soit une victoire de plus sur l’Occident. Une pierre, deux coups…
Et Xi Jinping a le sens du discours pour faire adhérer les foules à ses idées : il introduit l’écologie dans sa rhétorique de fierté nationale et la corrèle directement au rêve chinois.

Par exemple, dans son discours lors de la Conference sur la Protection Environnementale en mai 2018, Xi Jinping fait un petit mélange de l’histoire impériale et communiste pour inscrire le respect de la nature dans l’héritage millénaire chinois (cf extraits des discours ci-dessous). Oeuvrer pour l’écologie revient donc à perpétuer cet héritage et rester une culture supérieure : une technique imparable pour enthousiasmer la population, la convaincre de la nécessité des mesures autoritaires et même instaurer un climat où tout le monde est surveillé et tout le monde surveille les autres : « l’édification de la civilisation écologique est étroitement liée à chaque individu, qui doit en être un partisan et un promoteur » Xi Jinping. 2014. La gouvernance de la Chine, tome 2.
« Construire une civilisation écologique est vital au développement de la nation chinoise. Le peuple chinois a toujours vénéré et aimé la nature, et la civilisation chinoise, vieille de 5000 ans, comporte une riche composante culturelle écologique.»« Les concepts environnementaux ont été élevés au rang d’institutions d’État en Chine très tôt dans l’histoire. […] Sous les dynasties Qin (221-206 av. J.-C.) et Han (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.), des fonctionnaires distincts étaient responsables des forêts, des rivières, des rivages, des jardins et des terres agricoles, et le système des gardiens a perduré jusqu’à la dynastie Qing.[…] Marx et Engels pensaient que « l’homme vit de la nature » et que les humains produisent, vivent et se développent grâce à leurs interactions avec la nature. » Extraits du Discours de Xi Jinping à la Conférence Nationale sur la Protection Environnementale en mai 2018.
Les discours de Xi Jinping semblent convaincre la population chinoise de l’importance de l’action écologique puisqu’en 2018, 68% des répondants à l’étude menée par l’agence internationale World Value Survey (Wave 7 2017-2022) estimaient que la protection de l’environnement devrait être une priorité contre 63% des Allemands et 50% des Américains.
La World Values Survey est une étude sociologique internationale menée tous les 5 ans qui mesure les valeurs, croyances, motivations et comportements des populations à travers le monde. Ici la question : Voici deux affirmations que l'on entend parfois lorsqu'il est question d'environnement et de croissance économique. Laquelle se rapproche le plus de votre propre point de vue ?

Menant tout droit au totalitarisme vert ?
Dans le but de faire de la Chine une « civilisation écologique », Xi Jinping réorganise les instances en charge de faire appliquer les directives écologiques. Cette réorganisation permet de centraliser le pouvoir entre ses mains et de faire pression sur les gouvernements locaux et les entreprises. Il contrôle également le débat public sur Internet en donnant l’illusion à la population d’être active.

Cette centralisation du pouvoir repose sur quatre leviers :
- Les plans quinquennaux. Ils intègrent des objectifs écologiques, tels qu’un pourcentage de réduction de la consommation d’énergies fossiles ou une part minimale de surface forestière à préserver au niveau national. Ces objectifs sont ensuite déclinés à l’échelle locale : les gouvernements locaux ont l’obligation de fixer leurs propres cibles en cohérence avec les orientations nationales, et de définir un plan d’action adapté à leurs enjeux spécifiques et à leurs ressources disponibles.
- Les équipes centrales d’inspection. Relevant du Parti communiste, ces entités, composées de hauts fonctionnaires relevant directement du PCC, experts en protection de l’environnement, sont chargées de superviser et d’évaluer l’action des gouvernements locaux afin de vérifier la réalisation des objectifs fixés. En cas de manquement, les sanctions peuvent être sévères, allant de rétrogradations à des amendes infligées aux cadres en poste.
- L’implication des citoyens grâce à Internet : « L’émergence de microblogs environnementaux gérés par le gouvernement, de comptes WeChat, de plateformes de signalement et de lignes d’assistance téléphonique a fortement stimulé l’enthousiasme du public à contribuer à la surveillance et au signalement des entreprises polluantes. […]. (Monjon Stéphanie, René Élodie, Les nouveaux outils de gouvernance environnementale en Chine4). Mais l’utilisation d’Internet est aussi une bonne manière pour contrôler le débat public autour de l’écologie, identifier les internautes trop virulents et les sanctionner.
- Le Système de Crédit Environnemental des entreprises. Ce système permet aux gouvernements locaux - et, dans une moindre mesure, aux citoyens - d’évaluer et de classer les entreprises selon le niveau de pollution de leurs activités. Une notation de A à D est attribuée : les entreprises les mieux notées peuvent bénéficier de financements et accéder à des marchés publics, tandis que celles mal classées font l’objet de contrôles renforcés ou de restrictions.
- Le système de Crédit Social fait beaucoup fantasmer en Europe, il est facile de nous imaginer une société à la Black Mirror, je reviens sur le sujet dans l’article GeoContext : Crise économique et opinion publique, quel pari pour l’avenir chinois ?
Ce système de gouvernance écologique, très verticalisé, a des résultats notables (nous le verrons plus loin) mais il est fréquemment qualifié d’autoritaire. Le schéma ci-dessus illustre clairement la forte pression exercée sur les cadres locaux du Parti ainsi que sur les entreprises, qui doivent atteindre des objectifs environnementaux souvent couplés à des objectifs de croissance économique. Une conciliation entre ces deux impératifs s’avère parfois difficile. Les sanctions en cas de manquement sont particulièrement dures et prennent une dimension personnelle. Les cadres sont évalués en fonction des résultats obtenus et peuvent être brutalement démis de leurs fonctions à la suite d’un contrôle des CEIT (Équipes Centrales d’Inspection relevant du PCC).
Ce climat de pression extrême donne parfois lieu à la falsification des données ou à de la corruption. Par exemple, certains pouvoirs locaux surnotent les entreprises de leur ressort géographique : en 2021, à Shenzhen, 13,3 % des entreprises auditées étaient sur liste verte, 90 % sur liste bleue, 7,1 % sur liste jaune et 1,4 % sur liste noire4. Ces chiffres sont peu crédibles étant donné la pollution de la zone, on peut donc questionner la fiabilité des résultats affichés de la Chine en matière de performance écologique.
De plus, la pression exercée par le gouvernement central concernant les objectifs écologiques poussent les gouvernements locaux à faire appel à des véhicules de financement opaques et à s’endetter de manière illégale, menant le niveau de dette de la Chine à 117% de son PIB (supérieure à celle de la France donc !) et à une potentielle crise de la dette, alors que le chiffre officiel est 69%.5
Des initiatives à grande échelle
Mais ce système autoritaire et imparfait a tout de même des résultats visibles : les initiatives prises en Chine depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping portent leurs fruits. Les plus probantes sont l’augmentation considérable des énergies renouvelables et l’amélioration impressionnante des espaces urbains.
Investissements massifs dans les énergies renouvelables
Paradoxal mais vrai ! Malgré l’addiction au charbon qui fait de la Chine le plus gros pollueur de la planète, elle n’en reste pas moins le plus grand producteur d’énergie verte. En 2023, la Chine représentait plus de 50 % des nouvelles capacités d’énergies renouvelables dans le monde.
Certes, la part des énergies vertes dans le mix de consommation par énergie est plus faible que celui de l’Union Européenne (17% pour la Chine, 22% pour l’UE) - cf tableau ci-dessous -, mais cette part tend à augmenter grâce à des investissements massifs accordés aux technologies et aux industries vertes (538 mds USD en 2022).
Carte des installations éoliennes (2024) Source : Global Energy Monitor


Les chiffres suivants permettent également une lecture intéressante des progrès de la Chine. On remarque d’abord que les Chinois ont une consommation d’énergie par habitant inférieure à celle des États-Unis et similaire à celle de l’Union Européenne en 2024. À moins de concevoir qu’un Européen ou un Américain serait en droit de consommer plus qu’un Chinois, il est donc techniquement faux de dire que les Chinois consomment plus que les pays occidentaux. La tendance est cependant inquiétante : tandis que la consommation d’énergie par habitant est en baisse en Union Européenne et aux États-Unis, elle augmente en Chine.
De plus, on observe qu’entre 2010 et 2024, la part de la consommation d’énergie renouvelable par habitant a augmenté, et plus vite qu’aux États-Unis.
Consommation d’énergie par habitant provenant des combustibles fossiles, du nucléaire et des sources renouvelables en 2010 et en 2014. Source : OurWorldinData, Energy Institute - Statistical Review of World Energy (2025)

Des villes plus vertes et silencieuses
Pendant longtemps, l’image des villes chinoises était associée à un épais brouillard gris, irrespirable et opaque, symbole d’une pollution extrême. Pourtant, la situation a profondément évolué ces dernières années : l’indice de pollution de l’air a considérablement diminué. Bien que la qualité de l’air reste imparfaite, les villes sont aujourd’hui bien plus vivables, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, un progrès pour lequel de nombreux Chinois lui sont sincèrement reconnaissants. Ces progrès sont le résultat de trois facteurs principaux.
L’aménagement d’espaces verts.
Gongqing, le plus grand parc de Shanghai. Wikipedia Commons. & Parc à Pékin. Sept 2024


« Les efforts réalisés par la Chine ces dernières années sautent aux yeux. Après avoir fait rimer modernisation et bétonisation durant trois décennies, les responsables se rendent compte que les citadins ont autant besoin d’espaces verts que de centres commerciaux. […] ». Lemaître, Frédéric. Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping. 2024. Tallandier. p202. p81.
Les voitures électriques.
Aujourd’hui, plus de 20 millions de véhicules électriques, soit 91% du parc total chinois, sont en circulation. Nous avons là un bel exemple de la manière dont l’État est intervenu pour faire exploser le secteur et imposer la transition.
Comment s’y est-il pris ?
D’abord, le secteur des véhicules électriques a reçu un soutien étatique financier massif. Dès 2009, la Chine a lancé un programme national « Ten Cities, Thousand Vehicles », ciblant d’abord les flottes publiques (taxis, bus) avec des subventions élevées (jusqu’à 60 000 ¥ par voiture, 100 000 ¥ par bus). Les constructeurs de voitures électriques et de batteries tels que BYD et SAIC (n°1 chinois) sont également sponsorisés par l’État : ils ont reçu respectivement 1,78 milliards de ¥ et 2 milliards de ¥ en 2023. Les consommateurs aussi reçoivent des subventions à l’achat allant jusqu’à 60 000 ¥ (≈ 7 600 €), cumulées à des aides locales et exonération de TVA ou de 10 % de taxe sur les voitures électriques.

Mais ce qui a vraiment changé la donne, ce sont les initiatives des municipalités, motivées par les objectifs quinquennaux de réduction de pollution très ambitieux imposés par le Parti.
Par exemple, Shanghai favorise l’électrique dans son attribution de plaques d’immatriculation. À Shanghai, le niveau de motorisation est tel que les habitants sont tenus de déposer une demande pour obtenir une plaque d’immatriculation, sans laquelle ils ne peuvent pas se déplacer. Pour les véhicules thermiques, l’obtention de cette plaque est très longue, le délai peut atteindre plusieurs années. Elle peut aussi parfois s’obtenir grâce à des mécanismes de loterie ou aux enchères, faisant monter les prix jusqu’à l’équivalent de 12 à 13,000€ !
En revanche, les plaques pour des voitures électriques sont attribuées gratuitement et rapidement. Elles donnent droit à une circulation 7j/7, accès à des voies prioritaires et à des parkings gratuits. Ces dispositifs se sont révélés les plus efficaces, surpassant largement les simples aides à l’achat. Imaginer de telles règles en France nous parait tout à fait impossible !
Parallèlement, de nombreuses bornes de recharge publiques ont été installées (1,8 million de bornes en 2023, soit 14 fois plus qu’aux États-Unis en proportion de la population) et l’extension du réseau de trains à grande vitesse a réduit l’anxiété liée à l’autonomie, cantonnant l’utilisation automobile aux déplacements locaux et quotidiens.
3.Des projets de Smart City efficaces. Face à une urbanisation galopante, des embouteillages chroniques et une pression croissante sur les ressources naturelles, les villes chinoises cherchent depuis plusieurs années à se transformer en villes intelligentes. Pour cela, elles ont massivement recours aux technologies numériques, en particulier à l’intelligence artificielle et à la collecte de données à grande échelle. C’est dans ce contexte qu’a émergé le projet City Brain. Lancé en 2016 par Alibaba, City Brain est une plateforme d’intelligence artificielle destinée à analyser en temps réel des flux massifs de données urbaines. Elle s’appuie sur un vaste réseau de caméras de surveillance, de capteurs connectés, d’images satellites, et de données administratives pour modéliser le fonctionnement d’une ville et prendre des décisions automatisées. L’objectif est de rendre la ville plus fluide, plus efficace, et mieux adaptée aux besoins de ses habitants. Parmi les nombreux domaines d’application de City Brain11, deux axes se distinguent par leur impact direct sur le quotidien des citadins et sur le développement durable des métropoles :
- L’optimisation du trafic routier. Grâce à l’analyse en temps réel des images vidéo et des flux de circulation, City Brain est capable de détecter automatiquement les embouteillages, réguler dynamiquement les feux de circulation pour fluidifier le trafic, faciliter le passage des ambulances et des pompiers et réduire le temps de trajet, le stress des automobilistes, et la consommation de carburant. Cette optimisation contribue directement à la réduction des émissions polluantes.
- La gestion écologique des services urbains. City Brain permet également une supervision intelligente des services publics : surveiller en continu l’état des réseaux d’eau et d’électricité, détecter les fuites ou les sur-consommations, optimiser la collecte des déchets selon la fréquentation des quartiers, améliorer l’efficacité énergétique des infrastructures. Ces fonctionnalités favorisent une utilisation plus sobre et responsable des ressources naturelles, tout en contribuant à une meilleure qualité de vie pour les habitants.
Mais City Brain suscite de nombreuses inquiétudes. Le système repose sur des millions de caméras et un traitement massif de données personnelles, souvent sans consentement explicite. La frontière entre sécurité et surveillance devient floue. Les technologies sont couplées à des systèmes de reconnaissance faciale et les décisions prises par l’IA (comme modifier les cycles de feux rouges ou prioriser certains quartiers) sont souvent opaques.
Dominer le monde grâce à l’écologie : du business et une stratégie géopolitique
Dans La Révolution Obligée (Allary, 2024), David Djaïz et Xavier Desjardins expliquent la différence de vision entre la Chine et l’Union Européenne vis-à-vis de l’écologie. Lorsqu’en Union Européenne, les mesures écologiques, pour la plupart à caractéristiques normatives, provoquent des réactions crispées, la Chine y voit une opportunité pour dominer le monde. L’écologie est en effet complètement intégrée à la stratégie du PCC pour atteindre son objectif de devenir première puissance mondiale d’ici 2949. Pour tout comprendre de la stratégie globale de la Chine pour devenir n°1 : L’ambition assumée de la 1ère place pour 2049 et d’un monde post-occidental.
« Depuis plus de vingt ans, la Chine a saisi la transition énergétique comme une opportunité de devenir “l’atelier écologique du monde” » Djaïz, David. Desjardins, Xavier. La Révolution Obligée. 2024. Allary. p111.
De quelles manières ?
Made in China 2025
En 2015, Xi Jinping lance le programme Made in China 2025 qui vise à assurer la montée en gamme des produits d’exportations dans 10 secteurs grâce à des subventions massives. Deux de ces secteurs concernent l’écologie : les véhicules électriques et la production d’énergie électrique.

Dix ans, plus tard, le programme est un succès : la Chine assure 80% de la production des panneaux solaires mondiaux, 60% des éoliennes, 60% des véhicules électriques et a inondé les marchés européens de matériels photovoltaïques, jusqu’à provoquer l’effondrement de cette industrie localement.

Des partenariats pour les matières premières
La Chine, grâce à des partenariats avec des pays pauvres, émergents ou en développement sur fond de concept de « Sud Global », sécurise ses approvisionnements en matières premières indispensables à la fabrication de matériel de production d’électricité et de batteries :
« [La Chine] surexploite ces ressources : elle extrait 84% du tungstène mondial, 70% des terres rares et 14% du lithium. Mais surtout, elle a lancé une opération de maîtrise des chaînes d’approvisionnement via des investissements stratégiques et des partenariats avec des pays comme le Brésil, l’Argentine ou la République Démocratique du Congo ». Djaïz, David. Desjardins, Xavier. La Révolution Obligée. 2024. Allary. p115.
Les Nouvelles Routes de la Soie pour l’acheminement
Grâce au projet des Nouvelles Routes de la Soie, corridors, de ports, de routes partout dans le monde, la Chine sécurise également l’acheminement du matériel de la transition (en Europe par exemple).

Loin de bâtir un monde meilleur, le déploiement de cette stratégie écologique soulève de nombreux problèmes, que l’Occident et les détracteurs de la Chine ne manquent pas de souligner.
D’abord, les Nouvelles Routes de la Soie ont un impact écologique désastreux : elles traversent des écosystèmes fragiles, menacent la biodiversité dans de nombreuses régions d’Asie, d’Afrique et d’Europe, fragmentent des zones protégées et favorisent la déforestation, notamment en Asie du Sud-Est et en Asie centrale. Un comble pour une prétendue « civilisation écologique ».
Ensuite, l’approvisionnement en matières premières nécessaires à la fabrication d’équipements de production d’électricité et de batteries repose souvent sur des prêts de plusieurs milliards de dollars, gagés sur les ressources naturelles des pays emprunteurs. Ce mécanisme les expose au fameux « piège de la dette » et fragilise leur souveraineté. Contrairement à d’autres bailleurs comme le FMI ou la Banque mondiale, la Chine n’assortit ces prêts d’aucune exigence en matière de réformes politiques ou de droits humains. Ses partenaires sont donc souvent des gouvernements corrompus, notamment en Asie du Sud-Est et en Afrique, où l’exploitation des ressources profite rarement aux populations locales.
Chine et écologie est donc un sujet qui présente beaucoup de contradictions : à la fois plus gros émetteur de CO2 au monde à cause de son addiction au charbon et premier investisseur dans les énergies renouvelables devenues outil d’influence mondiale, le Parti Communiste Chinois fait du sujet une priorité et crée l’enthousiasme de la population en intégrant la cause à ses discours nationalistes.
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