« Celui qui maîtrisera l'intelligence artificielle sera le leader du monde », Vladimir Poutine 2017
Mai 2026
AI Act, Nvidia, semi-conducteurs, Sam Altman, Anthropic, DeepSeek… L'intelligence artificielle est bien plus qu'une révolution technologique : c'est un écosystème d'acteurs (puissances, États, entreprises,…) qui se livrent bataille pour en maîtriser les règles, en capter les bénéfices et en imposer la vision. Ce dossier cherche à cartographier ces acteurs, leurs ambitions et leurs rapports de force, pour éclairer aussi bien les entreprises que les citoyens sur ce qui se joue réellement dans cette compétition.
Posons d'abord quelques chiffres.
Selon le rapport du Microsoft AI Economy Institute (2026), l'Europe devance les États-Unis et la Chine en matière d’usage d’IA générative par les individus : en France, en Espagne et en Irlande, plus de 40% de la population a déjà utilisé ces outils, contre moins de 30% aux États-Unis et seulement 16% en Chine, ce qui peut sembler paradoxal pour le continent qu'on dit perpétuellement en retard technologique.
Du côté des entreprises, les taux d'adoption globaux sont finalement assez proches entre les grandes zones : autour de 88 à 91 % des organisations déclarent utiliser l'IA sous une forme ou une autre en 2025¹. Mais ces chiffres masquent des différences profondes dans la façon dont l'IA est utilisée, selon les secteurs, les types d'IA mobilisés (générative, prédictive, analytique, embarquée, que nous détaillerons dans ce dossier) et les objectifs.
Du côté des investissements, le fossé est abyssal : en 2025, les États-Unis ont capté 286 milliards de dollars d'investissements privés dans l'IA, dont 163 milliards en IA générative, contre 21 milliards pour l'Europe et 12,4 milliards pour la Chine.
Ces chiffres permettent déjà d'entrevoir les tendances et sont le résultat de stratégies de puissance radicalement différentes :
- Les États-Unis misent sur la puissance privée : ils voient dans les “bâtisseurs”² technologiques le moteur de la domination américaine, notamment sur la Chine. L’administration de Trump dérégule au maximum pour donner l’avantage aux Big Tech, pressurise l’Europe sur sa propre régulation et cherche à reprendre le contrôle de toute la chaîne d’approvisionnement grâce aux droits de douane.
- La Chine, elle, fait de l'IA une entreprise d'État : plutôt que de permettre à sa population un accès large à ces outils, le Parti Communiste Chinois investit depuis longtemps dans les nouvelles technologies et les déploie pour booster son économie et projeter son influence, comme en témoignent ses installations de robots industriels (54 % du total mondial) et le succès international de DeepSeek, son modèle open source déjà adopté en Iran, en Russie et dans de nombreux pays Africains.
- L'Europe, enfin, tente de se positionner comme une troisième voie : celle du respect des droits humains et d'une régulation qui transforme son marché de 400 millions de consommateurs en levier de souveraineté. Mais elle pâtit de son manque d'unité pour consolider une stratégie d'investissement et d'adoption à la hauteur de ses ambitions.
Trois blocs, trois visions, trois rapports profondément différents entre technologie, État, société civile et acteurs privés. On décortique tout ça en détail !
Dossier co-produit avec l'IEGA - Institut d'études de géopolitique appliquée.
Sources
- Stanford
- Discours de Vance
- https://www.cfr.org/articles/china-united-states-and-ai-race
- IEGA - L'Union européenne face au défi de l'IA : réguler, innover, exister ?
- IFRI : dérégulation de Trump.
- Sous-projet : La Guerre des semi-conducteurs.