La relève de Donald Trump ?
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Le 14 février 2025, J.D. Vance monte sur la scène de la Conférence sur la Sécurité de Munich et sermonne les dirigeants européens comme des écoliers. Deux semaines plus tard, il humilie Zelensky en direct dans le Bureau ovale. C'est à ce moment que l'Europe prend conscience de la virulence du nouveau vice-président américain.
Mais pour les Américains, J.D. Vance est connu depuis bien plus longtemps. En 2016, son autobiographie Hillbilly Elegy, une plongée dans l'Amérique ouvrière blanche, devient un best-seller national et fait de lui la voix d’une génération oubliée.
Aujourd’hui, beaucoup l’imaginent prendre la relève de Trump.
Mais là où Trump semble gouverner à l’instinct, Vance a construit une doctrine ultra-conservatrice, ancrée dans des références intellectuelles solides. Plus dangereuse encore, elle parle à l’ensemble des sensibilités de la droite américaine pourtant fracturée : il pourrait réussir à convaincre à la fois les barons de la Silicon Valley et les “oubliés de l’Amérique”, cette classe blanche que le libre-échange a laissée sur le bord de la route.
Qui est JD Vance ? Quel est son projet ? A-t-il des chances de convaincre une majorité d’américains avec ses idées radicales et son style violent ? On revient aujourd’hui sur son parcours et sa doctrine
Tous les vendredis, des récapitulatifs approfondis et visuels pensés pour comprendre les enjeux contemporains :
Au programme
De Middletown, Ohio à la Maison-Blanche : l’ascension fulgurante
1984 - Naissance et enfance à Middletown, Ohio
2003 - Engagement dans les Marines
2010 - Yale Law School, deux rencontres déterminantes
2013 - La Silicon Valley, l’apprenti de Peter Thiel
2016 - Hillbilly Elegy, le livre qui change tout
2019 - Conversion au catholicisme
2022 - Élu sénateur de l’Ohio, avec Trump et l’argent de la tech
De Middletown à la Maison-Blanche
Connaître le parcours de J.D. Vance, c’est comprendre ses chances de devenir Président des États-Unis un jour.
1984 - Naissance et enfance à Middletown, Ohio
JD Vance grandit dans l’Ohio au sein d’une famille dysfonctionnelle. Son père l’abandonne, sa mère sombre dans l’alcoolisme et la toxicomanie. C’est sa grand-mère, « Mamaw », qui l’élève.
1984 est l’année de la réélection de Reagan. Fier de son slogan Make America Great Again, il est le président de la libéralisation économique extrême : ses politiques ouvrent la voie aux délocalisations des grands groupes industriels américains qui affectent particulièrement la Rust Belt. Vance grandit donc parmi cette classe populaire blanche, marginalisée et appauvrie par la désindustrialisation et l’ouverture des marchés.
Politiquement, la famille Vance pouvait admirer les présidents démocrates comme Franklin Roosevelt et Harry Truman mais elle se désintéresse progressivement de la politique. Elle juge les politiques démocrates condescendantes, vexée d’être traitée à la même enseigne que les classes pauvres non blanches, et ils sont directement victimes des politiques néolibérales qui entrainent les délocalisations.
2003 - Engagement dans les Marines
À 19 ans, comme beaucoup de jeunes de son milieu, il s’engage dans les Marines et part en Irak comme officier de communication : il écrit des articles sur la guerre. Ce qu’il y voit le dégoûte. Son ami Patrick Deneen, auteur de Why Liberalism Failed, résume : « Il a progressivement perdu foi dans le dogme libéral qui a longtemps dominé la politique étrangère américaine. Il est de plus en plus sceptique quant à l’intérêt de dépenser de l’argent pour envoyer de l’aide américaine. »1 Ici, le terme libéral est à prendre au sens propre. Il est lié au concept du freedom agenda, promue par Georges Bush, selon laquelle l’Amérique a la responsabilité de propager la liberté individuelle partout dans le monde. Le rejet de cette idée et la conviction anti-interventionniste ne quitteront plus JD Vance.
2010 - Yale Law School, deux rencontres déterminantes
Grâce à son passé militaire, il obtient une bourse pour étudier dans une université de droit dans l’Ohio, puis, grâce à ses excellents résultats, il intègre la prestigieuse université de Yale. 95 % des étudiants viennent de la classe supérieure, il se sent étranger, humilié par certains professeurs qui doutent de la valeur des élèves issus d’universités publiques.
Pendant ses années à Yale, deux rencontres sont fondamentales :
· Usha Bala Chilukuri, qui deviendra sa femme : issue d’une famille d’immigrés indiens fortunée, elle lui apprend à naviguer dans ce milieu élitiste. Démocrate à l’origine, il la fera changer de bord politique.
· Peter Thiel, en 2011 lors d’une conférence. Fondateur de PayPal et figure de la Silicon Valley, Thiel prône que les universités participent à « l’endoctrinement de la gauche » et que « la liberté et la démocratie ne sont plus compatibles ». Il est l’un des premiers à voir en Vance un immense potentiel.
2013 - La Silicon Valley, l’apprenti de Peter Thiel
À 29 ans, Vance s’installe en Californie. Peter Thiel lui apprend son métier d’investisseur en capital-risque. Il devient très riche. Thiel le guide également vers la foi catholique. Il est désormais à la croisée des deux Amériques : celle des ouvriers de l’Ohio et celle des milliardaires de la tech.
Peter Thiel
2016 - Hillbilly Elegy, le livre qui change tout
En 2016, il publie Hillbilly Elegy, son autobiographie qui raconte l’histoire de sa famille. Le livre est un best-seller mondial et adapté au cinéma. Il montre notamment l’histoire de ses grands-parents venus dans la zone industrielle de l’Ohio vivre le rêve américain, comment sa mère, incapable de quitter cet endroit tombe dans la drogue et l’alcool, et explique son transfuge de classe et sa difficulté de s’intégrer dans les milieux élitistes de Yale. J.D. Vance devient le visage médiatique de la classe ouvrière blanche oubliée. Il déteste encore Trump à cette époque. Il le traite d’« Hitler américain » et le compare à l’héroïne : « une substance qui promet la fin de la douleur mais qui en réalité ne fait qu’aggraver les problèmes. »
Scène d’ouverture du film HillBilly Elegy avec Amy Adam et Glenn Close. La scène confronte deux époques. Celle de la jeunesse des grands-parents de Vance à Middletown : l’usine bat son plein, la rue est belle, les gens sont heureux, les voitures sont américaines. C’est le mythe de l’âge d’or américain.
La même séquence entrecoupe des images du présent : l’usine est désaffectée, les gens se droguent et les voitures sont japonaises.
2019 - Conversion au catholicisme
Vance n'a pas grandi dans une famille catholique. Sa grand-mère, Mamaw Bonnie, est protestante évangélique, et c'est à travers elle, dans le lien fusionnel qu'il entretient avec elle, qu'il reçoit sa première éducation religieuse.
À Yale, il abandonne cette foi et devient athée. Dans l’interview dans lequel il se confie sur son cheminement spirituel, il explique que son athéisme n'est pas le résultat d'une réflexion philosophique approfondie mais plutôt un acte d'intégration sociale.
« Je savais ce que les personnes instruites avaient tendance à penser de la religion : au mieux, elle est provinciale et stupide ; au pire, elle est diabolique. » La conversion de J. D. Vance : pourquoi le vice-président de Trump est devenu catholique. Oct 2024. Le Grand Continent.
Mais il dit que sa réussite dans la Silicon Valley ne le comble pas. Peter Thiel et la lecture de Saint Augustin brisent ce schéma : on peut être chrétien et intellectuellement rigoureux, la foi et la raison ne sont pas incompatibles.
« Thiel m'a transmis une dernière chose : il était probablement la personne la plus intelligente que j'ai rencontrée, mais il était aussi chrétien. Il défiait le modèle social que j'avais construit, à savoir que les personnes stupides étaient chrétiennes et les personnes intelligentes athées. »
La doctrine sociale de l'Église lui fournit un cadre pour critiquer simultanément le capitalisme dérégulé, le libéralisme culturel et la mondialisation. Cette conversion n’est surement pas sans lien avec sa décision de quitter la Silicon Valley pour se lancer en politique et revenir sur sa terre natale, l’Ohio.
2022 - Élu sénateur de l’Ohio, avec Trump et l’argent de la tech
En 2022, il se présente aux sénatoriales dans un État solidement trumpiste. Son discours de campagne reprend les thèmes post-libéraux : le libéralisme économique a provoqué la désindustrialisation et précipité la classe ouvrière dans le déclin.
Le mouvement MAGA a alors pris de l’ampleur : il est impossible de gagner sans le soutien de Trump, il doit revenir sur ses propos de 2016. Opportunisme ou adhésion sincère ? On ne peut jamais savoir. Il soutient publiquement Trump lors du scandale de l’actrice porno et Trump lui apporte son support décisif. Les nombreux soutiens de Vance pèsent dans la balance : Peter Thiel (10 M$ pour la campagne), Tucker Carlson, Donald Trump Jr. et Charlie Kirk.
2025 - 47e Vice-président des États-Unis
La course à la vice-présidence de Trump se joue entre lui et Marco Rubio. Rubio séduit les donateurs qui font de la scène internationale une priorité. Mais Donald Trump choisit Vance pour trois raisons :
· Une vision isolationniste alignée sur Trump. Par exemple, sur l’Ukraine, sa position est claire : il comprend la cause, mais l’Amérique ne doit plus dépenser d’argent là-bas, c’est leur problème.
· Le soutien décisif de la tech. Elon Musk et Peter Thiel envoient un signal à Trump : Si c’est Vance, on est avec vous, l’argent de la Silicon Valley suivra.
· Une loyauté indéfectible. Il lui faut un VP prêt à le soutenir envers et contre tout. Vance a prouvé en être capable : il a défendu Trump jusque dans le scandale de l’actrice porno et n’a pas condamné l’assaut du Capitole.
J.D. Vance, l’homme qui parle toutes les langues de la droite américaine
Par son parcours et par ses idées, J.D Vance semble pouvoir parler à chaque famille de la droite américaine. Celles-ci sont pourtant en opposition sur de nombreux sujets tels que les relations entre l’État et l’économie, les valeurs sociétales et le rapport à la technologie, à la mondialisation ou à la violence. Comment J.D. Vance parvient-il à manger à tous les râteliers ? Sa doctrine sera-t-elle suffisamment convaincante malgré toutes ses contradictions ?
Les courants de pensée de la droite américaine
Commençons par rappeler les courants de la droite américaine, leurs idées et leurs figures clefs, très bien cartographié par Camille Boulenguer, chercheuse à l’IRIS.
La Néoréaction
- Critique de la démocratie : la démocratie représentative provoque instabilité et violence. La fonction d’un système politique est d’assurer l’ordre face au chaos, ce que la démocratie ne permet pas. Les hommes n’ont d’ailleurs pas à être égaux en droit.
- Élitisme : les ingénieurs, entrepreneurs et techniciens doivent détenir le pouvoir. Leur légitimité ne provient pas du suffrage universel mais de la compétence et de la performance.
- L’État géré comme une entreprise : Curtis Yarvin fait le parallèle entre Trump et Musk et un tandem CEO-CTO, ce qui revient à défendre le retour à la monarchie absolue. Yarvin se dit lui-même « restaurationniste ».
Les figures clefs : Curtis Yarvin (blogueur politique), Michael Anton (Policy Planning State Department).
Curtis Yarvin, théoricien et militant de la néo-réaction. Plus de détails sur ses idées dans l’entretien du Grand Continent (avril 2025)
Le libertarianisme autoritaire
- Techno-solutionnisme : la technologie permet de « régler des problèmes intrinsèquement sociaux et politiques ». Elle est moteur de transformation institutionnelle et de croissance.
- État minimal : rejet de la démocratie représentative, la gouvernance et les infrastructures stratégiques sont confiées aux décideurs économiques et technologiques.
- La liberté comme fondement : contrairement aux néo-réactionnaires, les libertariens considèrent que la liberté individuelle et la logique de marché sont primordiaux. Hérité des théories économiques libérales (comme Friedman), le rôle de l’État consiste uniquement à garantir le droit à la propriété et la liberté des marchés (privatisation, dérégulation…)
Les figures clefs : Peter Thiel (Palantir ‧ PayPal) , Elon Musk (X ‧ SpaceX ‧ Tesla ‧ DOGE)
Elon Musk promeut la dérégulation à l’extrême.
Le Post-libéralisme
- Critique du néolibéralisme et de la mondialisation : le libéralisme et l’ouverture des frontières ont détruit les liens sociaux, la famille, la communauté en faisant émerger un individualisme néfaste au « bien commun ».
- Populisme : le libre-échange a provoqué la désindustrialisation et la marginalisation des classes blanches ouvrières, les « oubliés de l’Amérique », victimes de la condescendance des démocrates et des politiques libérales républicaines. Imaginaire du Hillbilly, « l’homme des collines ».
- Valeurs traditionnelles : attachement à la famille, à la religion et aux communautés locales, défense de « l’identité nationale et culturelle ». Anti-woke.
- Non-condamnation de la violence : La violence est l’expression légitime de la colère populaire.
Les figures clefs : JD Vance (auteur Hillbilly Elegy), Patrick Deneen (auteur : Why Liberalism Failed), Donald Trump (1er mandat).
Patrick Deneen, auteur de Why Liberalism Failed. Plus de détails sur ses idées dans l’entretien avec Le Grand Continent. Juillet 2025.
Le conservatisme chrétien
- Valeurs morales conservatrices : anti-progressisme, anti-woke. Importance de la famille traditionnelle, contre l’avortement et les droits LGBT+.
- Catholiques vs Protestants :
- Catholiques : contre le libéralisme, un État fort doit contrôler l’économie et assurer l’ordre et la hiérarchie, proches des post-libéraux. Si le catholicisme est historiquement minotaire aux États-Unis (au profit du protestantisme), il est de plus en plus populaire au sein de la jeune droite américaine2.
- Protestants : place centrale donnée aux choix individuels, pro-libéralisme et loi des marchés, État minimal sauf pour les questions morales.
Les figures clefs : JD Vance (catholique converti), Charlie Kirk (Turning Point USA)
Charlie Kirk, grand ami de J.D. Vance, co-fondateur de l’organisation étudiante Turning Point USA. Il militait, avant son assassinat pour le nationalisme chrétien.
Ces quatre courants, tous représentés au sein du Parti Républicain, ont des divergences fondamentales :
- Économie : les libertariens et les protestants prônent le libéralisme et la loi des marchés alors que les catholiques et les post-libéraux veulent un État qui contrôle l’économie.
- Elitisme vs Populisme : La néoréaction et les libertariens sont élitistes, les ingénieurs doivent être au pouvoir tandis que les catholiques et les post-libéraux sont des courants populistes.
- Liberté individuelle : pour les libertariens et les protestants, elle est au coeur de tout, c’est ce qui permet l’innovation. Pour les catholiques, les post-libéraux et la néo-réaction, la communauté est plus importante.
Il faut aussi bien comprendre que cette cartographie permet d’appréhender les idées mais que les personnalités politiques et médiatiques appartiennent souvent à plusieurs courants.
JD Vance, la synthèse pour 2028 ?
Revenons à J.D.
Alors que le rôle d’un Vice-Président américain est historiquement et constitutionnellement moindre, on n'a jamais autant parlé d'un Vice-Président américain. Depuis janvier 2025, J.D. Vance est partout : il humilie publiquement Zelensky sous les caméras du monde entier, il fait basculer les votes en tant que Président du Sénat, il appelle ouvertement le peuple hongrois à réélire Viktor Orbán.
Il est clair que Vance, âgé de seulement 42 ans agit pour bâtir sa propre carrière : il est déjà d’ailleurs considéré comme l’héritier le plus probable du mouvement MAGA.
Son succès vient de son idéologie qui, de manière habile, permet de parler à tous les courants actuels en vogue au sein de la droite américaine que nous avons décrit plus haut. Chacun de ces courants voit en lui quelque chose de lui-même, ce qui lui permettrait d’obtenir de nombreux soutiens aux prochaines élections présidentielles.
L’anti-mondialisation
D’abord JD Vance s’inscrit complètement dans le courant du post-libéralisme conservateur. Enfant de la Rust Belt, il a documenté avec brio cette white working class abandonnée par les administrations successives.
Vance accuse en outre l'immigration d'avoir accéléré cette marginalisation, les travailleurs étrangers acceptant des salaires inférieurs au détriment des classes populaires américaines. Il est donc opposé au libre-échange, soutient les droits de douane de Trump, et fait de la réindustrialisation des États-Unis une priorité centrale.
Son anti-interventionnisme procède du même raisonnement. Son passage en Irak lui a appris que les élites américaines construisent des récits médiatiques pour justifier des guerres menées au nom du freedom agenda. Pour Vance, les États-Unis n'ont pas à jouer le gendarme du monde.
Ce courant post-libéral suppose également un rapport particulier à la violence : il ne la condamne pas. La scène du Bureau ovale face à Zelensky en 2025, d'une agressivité frontale et délibérée, son absence de condamnation de l’assaut du Capitole et des agissements de l’ICE en sont de parfaites illustrations.
Le catholicisme comme projet de société
La conversion de Vance au catholicisme en 2019 n'est pas un détail biographique, elle est au cœur de sa vision politique : la foi doit selon lui guider l’action publique.
Ce projet passe d'abord par la famille. Vance raconte lui-même que sa recherche de réussite professionnelle lui avait semblé profondément insuffisante en comparaison à l’accomplissement d’avoir une famille heureuse et prospère. La famille est pour lui le fondement de l'ordre social, valeur qui lui vaut des positions très tranchées et très conservatrices. Par exemple, les "childless cat ladies", les femmes sans enfants, représentent selon lui tout ce qui ne va pas dans l'Amérique contemporaine : une absence de foi en l'avenir, un affaiblissement du sens de la famille, et une émancipation des femmes qui leur permet aujourd'hui de mener une vie professionnelle accomplie sans fonder de famille. Ses positions contre l'avortement et contre les droits LGBTQ+ relèvent de la même logique :
Vance utilise aussi la religion pour justifier ses positions très dures sur l’immigration. On pourrait penser que foi rime avec charité universelle… Mais Vance convoque Saint Augustin : nous avons une obligation morale d'aimer d'abord ceux qui nous sont proches, notre famille, nos voisins, notre communauté, notre nation. L'immigration de masse constitue donc un manquement à ce devoir envers le peuple américain. Il ne rejette pas le principe de charité : il en propose une lecture hiérarchique qui le conduit aux mêmes conclusions que les nationalistes les plus durs.
Pour Vance, la morale est également la réponse à la question de la pauvreté que les administrations démocrates et républicaines n’ont pas su apporter. Il accuse la droite néolibérale de stigmatiser les pauvres au nom de leur responsabilité personnelle. La gauche dissout quant à elle ces responsabilités individuelles dans des causes externes économiques et structurelles. Pour Vance, la notion chrétienne de péché est la seule qui articule correctement les deux : elle reconnaît que les comportements destructeurs sont à la fois individuels et transmis de génération en génération, moralement condamnables et socialement déterminés : les dégâts causés par l'addiction, le divorce, la violence se transmettent bien au-delà de l'individu fautif. Le catholicisme représente pour lui le juste milieu entre la responsabilisation individuelle et la nécessité d'aider les plus démunis, contre une société entièrement orientée vers la consommation et le plaisir, ayant renoncé au devoir et à la vertu.
L’ami des libertariens de la Silicon Valley
JD Vance est proche des libertariens du fait de sa relation particulière avec Peter Thiel et de ses années d’investisseur en capital-risque à la Silicon Valley qui l’ont rendu très riche.
Vance, sans partager leurs idées d’État minimal et de liberté extrême, cherche à rassembler les idéologies et à créer un lien entre technologie et réindustrialisation, entre les techno-optimistes et les populistes. Son discours à l'American Dynamism Summit, en mars 2025 tente de convaincre les patrons d’entreprises tech et les investisseurs :
« Un journaliste a suggéré que mon discours soulignait la tension entre - je cite - les techno-optimistes et la droite populiste de la coalition du président Trump. Aujourd’hui, en tant que membre fier de ces deux tribus à la fois, je vais parler de cette prétendue tension. […] Il est temps d'aligner les intérêts de nos entreprises technologiques sur ceux des États-Unis d'Amérique. […]. La main d’oeuvre bon marché est devenue la drogue des économies occidentales. […] Sur le long terme, c’est la technologie qui augmente la valeur du travail. […] C’est pourquoi l’Amérique doit être à la pointe de la technologie. »La Doctrine Vance contre la Mondialisation : le Discours intégral à L’American Dynamism Summit. Le Grand Continent. Mars 2025.
L’ambiguïté face à la néo-réaction
Lors de l’élection de Trump, beaucoup ont parlé de l’influence des néo-réactionnaires et notamment Curtis Yarvin sur le discours de Vance. Mais cette proximité est très ambigüe. Yarvin théorise la fin de la démocratie représentative et la gouvernance de l'État sur le modèle d'une entreprise, une vision fondamentalement élitiste, qui vise à convertir les élites et à contourner le peuple. Vance, lui, se revendique du peuple. Yarvin a d'ailleurs critiqué l'assaut du Capitole comme une "erreur tactique", là où Vance en a tiré parti. Mais les deux hommes gravitent dans le même écosystème intellectuel, celui que Peter Thiel irrigue depuis deux décennies. Et Yarvin a reconnu publiquement qu’il admirait la capacité de Vance à être réellement crédible auprès des classes populaires, à parler leur langue sans condescendance, précisément ce que la néoréaction, par définition élitiste, est incapable de faire. Le maître de la néoréaction pourrait donc un jour soutenir franchement J.D. Vance.
42 ans, vice-président des États-Unis, et une carrière qui ne fait que commencer : vous savez maintenant tout de ce personnage déterminé et de sa doctrine construite au fil des années, dont on risque d’entendre parler encore longtemps !
Tous les vendredis, des récapitulatifs approfondis et visuels pensés pour comprendre les enjeux contemporains :
Sources
- J.D. Vance : qui est vraiment le vice-président des États-Unis ? – Documentaire complet. France Télévision. Thomas Snégaroff, David Thomson. Janvier 2026.
- La conversion de J. D. Vance : pourquoi le vice-président de Trump est devenu catholique. Octobre 2024. Le Grand Continent.
- Hillbilly Elegy. 2026. J.D. Vance. Préface Christine Ockrent. Editions Globe.
- Hillbilly Elegy. 2020. Réalisateur : Ron Howard.
- La doctrine Vance contre la mondialisation : le discours intégral à l’American Dynamisn Summit. Mars 2025. Le Grand Contient.
- « Nous sommes entrés dans l’ère post-libérale ». Juillet 2025. Le Grand Contient.
- 1984 : Arrivée de Ronald Reagan au pouvoir, et du libéralisme à tout crin qui fait rêver le monde entier. Juillet 2021. France Inter.
- Cartographie des courants idéologiques au sein du Parti républicain. Février 2026. Camille Boulenguer. IRIS.
- Curtis Yarvin, idéologue du trumpisme et de la fin de la démocratie. Mars 2025. Arnaud Miranda. Conférence Sciences Po.
- Curtis Yarvin : le grand entretien avec l’intellectuel organique de la contre-révolution trumpiste (1ère partie). Avril 2026. Le Grand Continent.
- « Se préparer à l’Empire » : Curtis Yarvin, prophète des Lumières noires. Janvier 2025. Le Grand Contient.
- Ingérence et messianisme : le discours intégral de J. D. Vance en Hongrie. Avril 2026. Le Grand Continent.
- J. D. Vance, la revanche d’une Amérique qui fait trembler le monde. Mars 2025. France Inter.