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Iran, revers ou opportunité pour la Chine ?
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Iran, revers ou opportunité pour la Chine ?

À propos

Les frappes contre son partenaire privilégié mettent-elles la Chine en difficulté ou lui offrent-elles des opportunités ?

Date

13 mars 2026

Temps de lecture

10 min

Alors que Pékin a “fermement condamné” les frappes américano-israéliennes, aucun soutien militaire n’a été apporté à l’Iran après l’élimination d’Ali Khamenei. Ce silence rappelle l’absence d’intervention chinoise lors de la capture de Nicolás Maduro en début d’année.

Les liens entre la Chine et Téhéran sont pourtant solides : membre des BRICS depuis janvier 2024, l’Iran a scellé en 2021 un accord de coopération majeur avec Pékin, faisant de lui un pilier de la diplomatie chinoise au Moyen-Orient.

La retenue chinoise pose donc question.

Pour certains observateurs, ces attaques révèlent la vulnérabilité de la Chine, notamment en raison de ses importations de pétrole iranien. Ils soulignent aussi l’incapacité de l’armée chinoise à rivaliser avec la puissance militaire américaine. Pour d’autres, l’absence d’une réponse musclée trahirait une loyauté à géométrie variable, montrant aux autres alliés de la Chine en Asie, en Afrique et en Amérique latine les limites de leur accord.

Qu’en est-il vraiment ? Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient ébranle-t-elle la stabilité et les ambitions de la Chine ? Et pourquoi Pékin reste-t-il en retrait ?

Si vous avez 1 minute

  • Le blocage du détroit d’Ormuz frappe un point névralgique pour Pékin : près de la moitié de ses importations pétrolières transitent par cette voie stratégique, en provenance non seulement d’Iran, mais aussi d’Arabie saoudite, d’Irak, des Émirats arabes unis et du Koweït. Mais ses réserves, son réseau diversifié de fournisseurs (Russie, Brésil,…) et son mix énergétique (charbon, énergies vertes… ) lui offrent une capacité de résistance à court et moyen terme que beaucoup de ses voisins asiatiques lui envient.
  • Certains analystes voient dans le refus de défendre l’Iran et le Venezuela comme un recul de son influence mondiale. Pour d’autres, cette retenue est au contraire l’essence même de sa stratégie. Pour Xi Jinping, les alliances militaires sont obsolètes : les dépendances économiques forgent désormais la puissance et l’influence. Et l’Iran, loin d’être surpris, en profite pleinement depuis plusieurs années : caméras de surveillance, achats massifs de pétrole malgré les sanctions américaines, technologies duales renforçant ses capacités balistiques…
  • Un effondrement du régime iranien au profit d’un gouvernement pro-américain priverait la Chine d’un partenaire clé dans sa lutte contre l’hégémonie américaine. Mais si Washington s’embourbe dans une nouvelle guerre prolongée au Moyen-Orient, la Chine en sortirait gagnante, notamment sur le dossier Taïwan mais aussi au regard de sa propagande interne. Quoi qu’il advienne, sous les mollahs ou sous un nouveau pouvoir, l’Iran restera dépendant des technologies chinoises. Et les entreprises de Pékin, déjà solidement implantées, seront les premières à profiter de la reconstruction.
  • Sa réaction illustre parfaitement la philosophie et l’Art de la Guerre chinois : éviter l’affrontement direct, user de patience et de ruse pour épuiser l’adversaire, et transformer ses faiblesses en atouts.

Tous les vendredis, des récapitulatifs approfondis et visuels pensés pour comprendre les enjeux contemporains :

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Si vous avez 10 minutes

La question énergétique Une infographie pour comprendre les enjeux du pétrole du point de vue de la Chine.

L’allié absent ? Nicolás Maduro en janvier, maintenant Ali Khamenei, certains analystes défendent l’idée d’une Chine non loyale envers ses partenaires, qu’en est-il ?

La guerre au Moyen-Orient, du pain béni pour la Chine ? Et si les événements n’étaient pas finalement à l’avantage de l’Empire du Milieu ? On verra que sa réaction est l’application parfaite de L’Art de la guerre, un traité militaire chinois millénaire prônant des méthodes bien différentes de celles occidentales.

La question énergétique

Le premier facteur qui pourrait fragiliser la Chine, c’est le pétrole (il y a toujours une histoire de pétrole… ). Mais même si 50% des importations chinoises sont bloquées, il semble que la Chine a une certaine capacité de résilience.

On vous explique dans quelle mesure avec l’infographie de la semaine :

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L’allié absent ?

D’abord Nicolás Maduro, maintenant Khamenei… Les deux attaques de Donald Trump ont montré que la Chine n’avait pas l’intention de venir au secours de ses plus proches partenaires. Les avis des analystes divergent quant à l’interprétation de ce manque d’engagement chinois.

Rencontre de Xi Jinping, Président de la République Populaire de Chine et Ali Khamenei en janvier 2016.
Rencontre de Xi Jinping, Président de la République Populaire de Chine et Ali Khamenei en janvier 2016.

Certains y décèlent une perte d’influence, une fragilité de la Chine.

“Son attitude en retrait dans le conflit actuel avec l’Iran ternit, notamment en Afrique et en Asie, l’image, patiemment construite, d’une Chine, pourvoyeuse de sécurité et alternative aux pays occidentaux”. Bernard Chappedelaine. Institut Montaigne. Mars 2026.

Faisant écho aux théories tiers-mondistes de Mao, Xi Jinping réaffirme depuis son arrivée au pouvoir en 2013 sa volonté de rallier les pays du “Sud” et d’en devenir le leader. Il insiste sur une solidarité nécessaire entre pays anciennement colonisés et prône le besoin de lutter contre l’hégémonie américaine. Mais son absence de réaction militaire face aux attaques américaines peuvent faire passer ce discours pour des paroles en l’air. Pire encore, elle pourrait révéler l’incapacité militaire de la Chine face à la force de frappe des États-Unis, ce qui est problématique pour un pays qui se veut 1ère puissance mondiale d’ici 2049.

Mais d’autres estiment que cette interprétation est une lecture américaine de la stratégie globale chinoise et reflète une incompréhension de ses fondements. Pour eux, il s’agit d’une stratégie délibérée, et la Chine n’a d’ailleurs jamais garanti de secours militaire :

“Il ne s'agit pas d'un signe de faiblesse. Le soutien militaire aux régimes amis n'a jamais fait partie de la stratégie chinoise de leadership mondial.” Alexander Gabuev. Temur Umarov. Carnegie. Mars 2026.

Pékin se pose en architecte d’un monde apaisé, où la prospérité naît d’accords "gagnant-gagnant" et où les partenaires ne sont pas des alliés, mais des "amis". Pour Xi Jinping, les alliances appartiennent à l’ancien monde, il préfère entretenir des amitiés ambigües et flexibles plutôt que sceller des alliances trop contraignantes et rigides comme l’a toujours fait l’Occident, avec l’OTAN par exemple. L’Iran ne s’attendait d’ailleurs pas à un secours de la part de la Chine¹.

Mieux qu’une promesse sur la sécurité, la Chine a signé un Accord de coopération de 25 ans en 2021, actant des investissements à hauteur de 400 milliards de dollars dans de nombreux domaines (banque, télécommunication, transport). La Chine fournit des produits de haute technologie aux mollahs (outils de surveillance, 5G, composants pour missiles). Ces outils, fournis par des entreprises chinoises comme Huawei ou Hikvision, aident le régime iranien à renforcer son emprise sur la population, à réprimer les manifestations et à surveiller les opposants. En échange, l’Iran assure des prix bas pour le pétrole et laisse la Chine profiter de sa position géostratégique : les voies ferroviaires et maritimes des Nouvelles Routes de la Soie entre la Chine et l’Europe passent par l’Iran, permettant à la Chine d’acheminer ses produits vers l’Europe. Ces projets portuaires et ferroviaires sont d’ailleurs confiés à des entreprises chinoises, tout le monde y gagne !

Ce n’est pas tout, la Chine a poussé pour l’adhésion de l’Iran au BRICS+ en janvier 2024 ainsi qu’à l’Organisation de Coopération de Shanghai. Elle offre également un certain soutien dans les instances internationales à ce régime isolé et sanctionné. L’Iran profite donc d’une tribune pour promouvoir son aversion pour l’hégémonie américaine.

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Plus que Trump, c’est finalement Xi qui est doué pour les deals : pas de promesse de soutien militaire mais plutôt celle d’accords où le régime y trouve complètement son compte. Ce qui n’est malheureusement pas le cas de la population iranienne…

Des opportunités à long terme ?

Tous ces arrangements sont remis en question si le régime des mollahs tombe : la Chine perdrait un allié diplomatique de poids dans la région. La chute d’un régime autoritaire au profit d’un gouvernement pro-occidental démocratique donnerait aussi un mauvais exemple aux Chinois à qui l’on répète que la surveillance est essentielle à un État fonctionnel. Finalement, la Chine perdrait un allié dans une zone géostratégique et pourrait entraver son projet des Nouvelles Routes de la Soie.

Mais si Washington s’embourbe dans un nouveau conflit prolongé, la Chine pourrait en sortir gagnante, et ce, pour 4 raisons :

  • Cela signifierait que les États-Unis concentreraient leur force militaire au Moyen-Orient, laissant de l’espace en mer de Chine où Xi Jinping prévoit d’envahir Taïwan d’ici 2027. Selon l’Institut Montaigne², la Maison Blanche a déjà décidé du gel de 13 mds de dollars d’armes promises à Taïwan.
  • L’enlisement de Donald Trump après avoir tué un dirigeant sans respecter le droit international est un bien meilleur récit pour le Parti Communiste Chinois à sa population que celui d’une population qui parvient à instaurer la démocratie grâce à l’aide américaine. Les autorités chinoises n’ont d’ailleurs communiqué qu’une fois que Khamenei a été tué : mieux vaut un ennemi impérialiste que la victoire d’un peuple en quête de liberté.
  • Qui dit pays en ruine, dit reconstruction. Et qui dit reconstruction, dit opportunité pour les entreprises chinoises qui sont déjà sur place.
  • Un scénario dans lequel les États-Unis s’enlisent au Moyen-Orient permettra à long terme à la Chine de continuer de se présenter comme la puissance stabilisatrice, une alternative stable face à Donald Trump qui multiplie les attaques et méprise le droit international.

Une application de l’Art de la guerre

La réaction de la Chine face à la situation au Moyen-Orient est caractéristique de sa stratégie militaire millénaire résumée dans le traité militaire L’Art de la Guerre, attribué à Sun Tzu, un stratège ayant probablement vécu au VIème siècle av J. -C.

Sun Tzu
Sun Tzu (VIème av J.-C) à qui on attribue l’Art de la guerre

Depuis l’Antiquité, à l’époque des cités grecques, le style de guerre des Européens est très simple : on se met dans un champ, en ligne face à face et on se bat. La guerre est frontale, rapide, sanglante et les héros sont glorifiés : plus la bataille est difficile, violente, plus le prestige est grand. Il en va de même pour la démocratie : les débats autour d’un sujet se mènent publiquement dans l’hémicycle, on vote pour ou contre, quelqu’un gagne et on n’en parle plus.

Les méthodes prônées par L’Art de la guerre sont très différentes. L’affrontement se doit d’être indirect et n’a lieu que s’il est sûr d’être gagné. Tout se joue en amont par la ruse et la guerre psychologique. Loin des batailles rapides européennes, la guerre est plutôt vue comme une “transformation, silencieuse patiente, d’une situation qu’il s’agit d’infléchir, à l’ombre des regards, en ma faveur.”³ (Jullien, François. La stratégie chinoise de l’oblique). La clef réside dans l’examen de ses propres atouts et limites, de ceux de l’ennemi, du terrain et de toutes les potentialités qui en découlent. Le chef de guerre européen planifie la bataille et espère qu’il n’y ait pas trop d’imprévus, le stratège chinois utilise les circonstances, analyse le champ des possibles, s’en sert pour infléchir la situation en sa faveur en développant ses points forts et en réduisant ceux de l’adversaire. Et il livre bataille quand celle-ci est déjà gagnée. Les héros sont inutiles, un seul homme ne peut pas changer le cours de la guerre, c’est toute la situation qui mène à la victoire. C’est plus long certes, mais il y a moins de pertes.

Les derniers événements sont une parfaite illustration de ce concept. Tandis que Donald Trump se présente en héros et attaque frontalement Nicolás Maduro et Khamenei, Xi Jinping ne se précipite pas. Il analyse les événements et la manière dont ils vont impacter l’atteinte de son objectif à long terme, celui de devenir n°1 d’ici 2049…

Sources

  1. Avec la guerre au Moyen-Orient, la Chine va-t-elle devoir réajuster ses plans ? 28 minutes. Arte. Mars 2026.
  2. La Chine et la Russie face à la guerre en Iran. Bernard Chappedelaine. Institut Montaigne. Mars 2026.
  3. La stratégie chinoise de l’oblique, François Jullien, Philosophie Magasine, Hors série n°64, L’art de la guerre (mars 2025).
  4. Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned. Erica Downs. Janvier 2026. Center of Global Energy Policy.
  5. Russie, Chine, Iran | La Revanche des Empires, documentaire réalisé par Sophie Lepault. 2024. Arte
  6. Implications of the Conflict in the Middle East for China’s Energy Security. Erica Downs. Mars 2026. Center of Global Energy Policy.
  7. La guerre en Iran : un revers à court terme pour la Chine mais après ?. Pierre-Antoine Donnet. Mars 2026. Asialyst.
  8. Why Are China and Russia Not Rushing to Help Iran?. Carnegie Endowment for International Peace. Mars 2026.
  9. Présentation de l’Iran. Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères.
  10. L’Iran et la Chine signent un accord de coopération de vingt-cinq ans. Mars 2021. Le Monde.
  11. Iran-Chine : “un pacte de coopération stratégique de 25 ans”. Euronews 2021.
  12. Guerre au Moyen-Orient: la stratégie énergétique chinoise face au choc pétrolier. Mars 2026. RFI
  13. La Chine demande à ses principaux raffineurs de pétrole de suspendre leurs exportations. Mars 2026. Connaissances des énergies.
  14. Le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale. Mars 2026. Emmanuel Hache.
  15. Du commerce à la diplomatie : Pékin investit le Moyen-Orient. Septembre 2023. France Culture.
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