Une perspective historique pour comprendre les frappes américaines en Iran
Mars 2026
20 min
Depuis le début de la semaine, les médias ne parlent que des événements en Iran : les frappes israéliennes et américaines sur Téhéran, la mort de l’Ayatollah Khamenei, la riposte iranienne, les influenceurs à Dubaï, Macron devant un gros sous-marin…
Au-delà de la peur que peut inspirer un monde qui semble s’embraser, vous éprouvez aussi peut-être une certaine incompréhension, une confusion face à la multitude d’acteurs et à la complexité des dynamiques en jeu.
Sans prétendre expliquer ou analyser des événements déjà très bien décryptés par les spécialistes ces derniers jours, nous tentons aujourd’hui de donner une perspective historique à l’escalade des tensions entre l’Iran et les États-Unis, qui dure depuis bientôt 50 ans.
De quoi parfaitement comprendre les commentateurs lors de vos prochaines lectures d’actualité !
Tous les vendredis, des récapitulatifs approfondis et visuels pensés pour comprendre les enjeux contemporains :
Nous commençons notre histoire le 22 juin 1941, lorsque Hitler rompt le pacte germano-soviétique en attaquant l’URSS.
L’URSS entre donc en guerre contre l’Allemagne et devient alliée au Royaume-Uni. Et il se trouve que ces deux puissances ont toutes deux des intérêts en Iran :
- Le Royaume-Uni détient la compagnie de pétrole l’Anglo-Iranian Oil Company, très importante pour l’effort de guerre allié. Il est déterminé à empêcher, coûte que coûte, qu’elle ne tombe aux mains des Allemands.
- Pour l’URSS, l’Iran représente un enjeu géostratégique majeur : le pays constitue une voie de passage essentielle pour les livraisons américaines (armements, matériel) en provenance du golfe Persique.
À cette époque, l’Iran est une monarchie constitutionnelle dont le Shah (roi en persan) est Reza Pahlavi. Celui-ci dit vouloir rester neutre, mais il est économiquement lié à l’Allemagne nazie. Il refuse d’expulser les résidents allemands, ce qui ne plait pas du tout aux russes et aux britanniques. Le Royaume-Uni et l’URSS envahissent le pays. Pahlavi cherche secours auprès de Roosevelt, le président américain, en invoquant le droit des peuples à la Liberté, mais ce dernier lui fait comprendre que les enjeux sont trop importants en pleine guerre mondiale.
Jugé trop proche des allemands, les britanniques et les russes forcent l’abdication de Reza Pahlavi qui laisse son trône à son fils Mohammad Reza Pahlavi en septembre 1941. Nous le connaissons aujourd’hui comme étant le dernier Shah d’Iran, renversé par la Révolution islamique de 1979. Il est aussi le père du prince Reza Pahlavi qui se présente actuellement comme recours en cas de chute du régime iranien. Il est même passé au 20h de TF1 il y a deux semaines :
Mais n’allons pas trop vite…
1953-1979 | L’Iran et les États-Unis sont meilleurs amis
Au début des années 1950, l’Iran est une toujours une monarchie constitutionnelle, le Premier Ministre y est élu démocratiquement. Mohammad Mossadegh, un nationaliste modernisateur occupe le poste. Il prône l’indépendance de l’Iran et mène des réformes sociales. En 1951, il nationalise l’industrie pétrolière iranienne dominée par l’entreprise britannique Anglo-Persian Oil Company (APOC).
Les britanniques tentent de mener le cas devant les instances internationales, sans succès. Ils se tournent alors vers les États-Unis. Ceux-ci craignent que l’Iran ne rejoigne le bloc Soviétique dans le contexte de guerre froide.
En 1953, la CIA et le MI6 mènent alors l’opération AJAX pour renverser Mossadegh. Les services de renseignement orchestrent et financent des actions de propagande dirigées contre le Premier Ministre iranien, corrompent des responsables politiques et entretiennent volontairement un climat d’instabilité. Le but est de faire croire que le pays est plongé dans un chaos imminent, afin de légitimer la destitution du Premier ministre. Après plusieurs essais infructueux, le coup d’État finit par réussir en août 1953. Mossadegh est arrêté et assigné à résidence jusqu’à la fin de sa vie.
Un nouveau consortium pétrolier est instauré, assurant aux compagnies occidentales un accès étendu aux ressources iraniennes. En apparence, l’Iran maintient une part de souveraineté, mais dans les faits, le rapport de force demeure nettement en faveur des puissances étrangères. Le pouvoir se concentre alors entre les mains du Shah Mohammad Reza Pahlavi, qui s’impose comme un partenaire stratégique majeur des États-Unis dans la région.
De monarchie constitutionnelle, l’Iran devient une dictature extrêmement corrompue prônant la modernisation à l’occidental. Il coopère étroitement avec les États-Unis et Israël sur le plan militaire et économique.
Pour Israël, l’Iran est l’allié parfait : isolé au milieu d’ennemis qui refusent son existence, l’Iran est pro-occidental, non arabe mais perse et pratique l’Islam chiite, contrairement à ses voisins sunnites. Pour les États-Unis, c’est aussi un partenaire inestimable : on est en pleine guerre froide, l’Iran représente un allié de poids grâce à ses ressources et sa position géostratégique.
1979 | la Révolution islamique
Tout bascule en 1979. Mal informés par les élites iraniennes privilégiées, les américains sous-estiment l’ampleur du malaise social provoqué par des inégalités nourries par la corruption.
En 1978, plusieurs mouvements manifestent régulièrement contre le régime de Pahlavi. Le 8 septembre, le régime du Shah ouvre le feu sur les manifestants faisant officiellement 87 morts, 4000 selon l’opposition. Le pays s’embrase.
Le 1 février 1979, l’ayatollah Khomeini, opposant au régime du Shah et exilé depuis les années 60, revient en Iran, marquant la fin de la monarchie. Il est accueilli en héros par 10 millions de personnes. Anti-impérialisme, rejet de la modernité occidentale, pro-Palestine, Khomeini et sa doctrine radicale rassemblent tous les mouvements d’opposition, pas seulement religieux : les nationalistes et les marxistes se reconnaissent aussi dans les idées du guide.
L’Ayatollah Khomeini instaure la République islamique : un régime autoritaire où le clergé chiite exerce le pouvoir. Les médias et la culture sont contrôlés et la loi islamique (charia) devient le fondement du système juridique. Le port du voile devient obligatoire sous peine d’arrestation, tandis que le régime érige la femme idéale en mère et épouse dévouée.
Deux épisodes décisifs annoncent l’escalade à venir et cristallisent durablement la dynamique des relations entre l’Iran et l’axe États-Unis–Israël :
- Le 12 février 1979, soit seulement 2 semaines après le retour de Khomeini en Iran, Yasser Arafat, chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) est reçu en grande pompe à Téhéran.
Le message est fort : l’Iran soutiendra désormais la cause Palestinienne contre la menace Israélienne, il s’agit désormais d’un “combat existentiel”. Cet événement annonce l’alliance entre l’Iran et les groupes terroristes qui prôneront plus tard la destruction d’Israël : le Hamas (mouvement islamiste et nationaliste palestinien, fondé en 1987) et le Hezbollah (groupe paramilitaire islamiste chiite libanais, fondé en 1982).
- Le 4 novembre 1979, quelques centaines d’étudiants prennent d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran. Cet événement est capital car les américains découvrent la haine qu’ils suscitent. Depuis le renversement du Shah en début d’année, ils pensaient pouvoir continuer à entretenir des relations avec l’Iran. Mais ils sont choqués par la violence dont les diplomates américains vont être victimes : 52 d’entre eux sont enlevés, torturés psychologiquement, certains pendant 444 jours, avec le soutien de Khomeini. “Plus rien de sera jamais comme avant”¹ entre les Etats-Unis et la République Islamique d’Iran.
1982-2001 | Escalade de la violence
En juin 1982, les forces israéliennes envahissent le Liban dans le cadre de l’opération “Paix en Galilée”. Depuis 1975, le Liban est en pleine guerre civile qui oppose milices chrétiennes, groupes musulmans et organisations palestiniennes. L’objectif d’Israël est de contenir l’OLP très présente dans le sud du pays et de transformer le Liban en un état allié chrétien (maronites).
L’occupation israélienne qui s’ensuit provoque la colère des communautés chiites libanaises qui trouvent de l’aide en la jeune puissance chiite de la région : l’Iran. L’Iran, en guerre contre l’Irak depuis 1980, n’a pas les moyens d’ouvrir un front direct avec Israël au Liban mais il accueille et forme des chiites qui prêtent allégeance au Guide Suprême. À l’été 1982, la Résistance islamique du Liban est créée, il deviendra plus tard le Hezbollah.
En août 1982, la Force Multinationale de Sécurité à Beyrouth est créée sur demande libanaise aux Nations unies. Elle a pour mission la restauration de l’autorité du gouvernement à Beyrouth et de la sécurité des populations civiles. Des contingents américains, français, italiens et britanniques entrent sur le territoire. En 1983, deux attentats-suicides quasi simultanés tuent 241 marines américains et 58 parachutistes français : c’est un choc. La France et les États-Unis accusent le Hezbollah et l’Iran qui nient les accusations, terminant de creuser la haine des américains envers les chiites.
Le début des années 1990 aurait ensuite pu être marqué par un apaisement…Du côté iranien, l’Ayatollah Khomeini meurt en 1989 et remplacé par Ali Khamenei. Il restera au pouvoir jusqu’à son assassinat par les forces américaines et israéliennes cette semaine. Khamenei adopte une ligne intransigeante mais la République Islamique a besoin de sortir de son isolement. Elle sort d’une guerre coûteuse et meurtrière avec l’Irak (1980-1988) et les mollahs veulent reconstruire le pays. Ils envisagent de normaliser les relations avec les États-Unis et imaginent être remerciés par les américains pour leur “attitude bienveillante”¹ pendant la Première Guerre du Golf menée par G. Bush (père) contre l’Irak (1990-1991). Ils ont par exemple laissé accès à leur espace aérien.
Après sa première victoire en Irak en 1991, Georges Bush (père) veut bâtir un nouveau Moyen Orient et résoudre le conflit Israélo-Palestinien. En Israël, Yitzhak Rabin est élu en 1992 et il est persuadé qu’une paix avec les palestiniens garantira la sécurité de l’État hébreu.
C’est dans ce contexte qu’interviennent deux initiatives majeures qui font naître un espoir de paix :
- En 1991, Washington organise la conférence de Madrid avec pour objectif l’établissement d’un dialogue entre Israël et la Palestine. Le monde entier est représenté (Russie, Maghreb, Europe,…) sauf l’Iran ! Les États-Unis, malgré une reprise possible du dialogue avec les Iraniens n’a pas oublié la crise des otages, ni l’attentat contre les marines à Beyrouth.
- En 1993, un vrai processus de paix est initié entre Israël et la Palestine grâce aux accords de paix d’Oslo à la Maison Blanche en présence de Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.
Mais la paix ne sera pas pour tout de suite…L’Iran est très vexé de ne pas être convié à la conférence de Madrid et n’a pas intérêt à voir émerger un Moyen-Orient dominé par les États-Unis et Israël, dans lequel il aurait une place secondaire. L’Ayatollah réagit en organisant une conférence regroupant une soixantaine de représentants de mouvements (des révolutionnaires, des nationalistes, des islamistes). Ceux-ci rejètent la domination américaine et l’occupation de la Palestine et prônent l’idée que les compromis mèneront à des confiscations de territoires palestiniens. Khamenei renforce également les liens entre le Hamas, le Hezbollah et le Djihad islamiste : c’est l’”Axe de la Résistance”. Les attentats et les drames se multiplient, Washington met en place des sanctions, prélude à un embargo total.
2001 | Al-Qaïda, l’ennemi commun
Le 11 septembre 2001, les États-Unis sont victimes de la pire attaque terroriste de tous les temps. Le monde entier observe, effaré, les deux tours jumelles s’effondrer sous les avions d’Al Qaïda, financé par le régime taliban afghan. Et s’il est bien un pays qui hait davantage les talibans que les Américains, c’est l’Iran ! En effet, les talibans, sunnites fondamentalistes, considèrent les chiites comme hérétiques et ont par le passé massacré des communautés chiites présentes en Afghanistan. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis donc…
En octobre 2001, les Américains commencent à bombarder l’Afghanistan. À la fin de l’année, la principale coalition opposée aux talibans s’empare de Kaboul, avec le soutien des troupes américaines et l’appui de l’Iran. En décembre, Washington organise une conférence à Bonn avec tous les représentants des factions afghanes pour constituer une administration. L’Iran est mis à contribution dans cette tâche et donne son avis. Il en profite pour proposer des négociations plus larges à propos des sanctions américaines, en vain. Au contraire, G. Bush définit l’Axe du Mal, qui inclut l’Iran et l’Irak. Il veut la guerre contre tous les régimes qui soutiennent le terrorisme international.
En 2003, les États-Unis renversent le dictateur irakien Saddam Hussein. Les Iraniens craignent d’être les suivants, ils proposent par l’intermédiaire d’ambassadeurs d’ouvrir des discussions autour du désarmements du Hezbollah et des armes de destructions massives en échange, entre autres, de levée des sanctions et de l’accès au nucléaire civil. Mais ils ne sont pas pris au sérieux, tout le monde est sceptique. Et puis, les États-Unis sont au sommet de leur puissance après leur intervention en Afghanistan et en Irak, ils sont en position de force.
L’Ayatollah décrète donc que les États-Unis sont hypocrites et veulent renverser son régime, il accélère le programme d’enrichissement de l’uranium à une échelle inédite.
Focus sur le nucléaire iranien
Au coeur des débats, un petit focus sur l’Iran et le nucléaire s’impose.
Produire de l’énergie nucléaire nécessite un enrichissement d’uranium grâce à des centrifugeuses. Le processus est le même pour des utilisations civiles (recherche, médecine,…) et militaires (la bombe par exemple). La différence provient du niveau d’enrichissement de l’uranium : 3 à 5% sont nécessaires pour faire fonctionner une centrale nucléaire civile, au moins 20% pour fabriquer une arme, les États qui disposent de la bombe nucléaire l’enrichissent à 90%.
Années 60-70 : développement du programme avec les États-Unis
L’histoire de l’Iran et du nucléaire commence en 1953 lorsque le Shah développe le programme nucléaire “Atomes contre la paix” avec l’aide des États-Unis.
En 1970, l’Iran signe le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui, entre autres, reconnaît aux États le droit de développer le nucléaire civil, leur interdit de développer des armes nucléaires et acceptent les contrôles internationaux par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Les mollahs relancent le programme du fait des conflits des années 80
Après la Révolution Islamique de 1979, les mollahs abandonnent le programme. Mais du fait de la guerre contre l’Irak (1980-88) et l’invasion du Liban par Israël (1982), les Iraniens estiment en 1985 que le développement d’un armement nucléaire est nécessaire.
Les années 2000 : enrichissement nucléaire et durcissement des sanctions
En 2002, un dissident au régime iranien révèle à la communauté internationale l’existence de sites nucléaires inconnus en Iran. Après des discussions avec les européens, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, élu en 2005, adopte une ligne dure à propos du nucléaire. L’Iran reprend ses activités. En 2007, le Conseil de Sécurité de l’ONU vote à l’unanimité une série de sanctions économiques draconiennes.
En 2009, Téhéran dit vouloir enrichir de l’uranium à 20% et construire dix nouvelles usines d’enrichissement. En 2011, un scientifique nucléaire iranien est tué, l’Iran accuse Israël et les États-Unis. La même année, un rapport de l’AIEA évoque de “sérieuses inquiétudes concernant une possible dimension militaire du programme nucléaire”. Plusieurs négociations ont ensuite lieu, mais n’aboutissent pas à un accord.
Mais en mars 2013, après le remplacement du président Ahmadinejad, Ali Khamenei, se déclare "pas opposé" à un dialogue direct avec Washington alors que l’Iran est asphyxié par des sanctions de plus en plus sévères.
2015 | Accord historique sur le nucléaire
Barack Obama est élu Président des États-Unis en 2009. La question du nucléaire iranien est une priorité absolue. Mais il croit au multi-latéralisme et à la diplomatie pour parvenir à ses fins. Il engage des discussions en 2012 qui aboutiront à un accord historique.
Benjamin Netanyahu est catégoriquement contre. Pour lui, une intervention militaire est la seule solution. Il va même devant le Congrès américain, sans respecter le protocole, pour prononcer un discours chargeant l’accord en cours. C’est un échec pour Israël car l’accord est signé le 14 juillet par l’Iran, la Chine, les États-Unis, la France, la Russie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.
L’accord, appelé Accord de Vienne sur le nucléaire iranien ou encore JCPoA (Joint Comprehensive Plan of Action) décide que :
- L’Iran limite son programme nucléaire pendant au moins 10 ans.
- Les sanctions internationales sont levées.
- Les contrôles par l’AIEA sont renforcés.
Contrairement aux négociations menées entre 2003 et 2005, il ne s’agit plus de supprimer le programme nucléaire iranien, mais plutôt d'empêcher un programme nucléaire à vocation militaire.
Cet accord représente un immense espoir pour la population iranienne : l’Iran entre enfin dans la mondialisation. Mais l’accord pose plusieurs problèmes et l’espoir est de courte durée…
2018 | Donald Trump sort de l’accord
Considérant que cet accord n’empêchera pas l’Iran de se doter de la bombe nucléaire, Donald Trump en sort en mai 2018. Le qualifiant de “désastreux”, il rétablit les sanctions contre le régime iranien.
Cette nouvelle fait l’effet d’une bombe (sans mauvais jeu de mot…), d’autant que l’AIEA publiait régulièrement des rapports certifiant le respect par l’Iran du JCPOA.
Tandis que Benjamin Netanyahou et l’Arabie Saoudite (pour qui un embargo sur le pétrole Iranien représente une aubaine) saluent cette décision, le reste de la communauté internationale la condamne fermement.
Il faut tout de même comprendre que certains points de l’accord posaient effectivement question et expliquent la complexité de la situation actuelle :
- Les sanctions économiques levées lors de l’accord a permis à l’Iran de récupérer ses avoirs gelés dans des banques internationales, soit plus d’un milliard de dollars qui a pu permettre à l’Iran de financer le Hezbollah et le Hamas.
- L’accord était prévu pour durer seulement 10 ans et il ne couvrait pas la question balistique. Les détracteurs de l’accord avançaient alors que l’Iran pouvait développer des missiles avec une portée toujours plus longue. Il leur suffirait ensuite d’installer sur ces missiles les charges nucléaires développées une fois sortie de l’accord, en 2025.
- L’accord ne mentionne pas les violations des droits de l’homme perpétrées par le régime, même si on peut douter qu’il s’agisse ici des préoccupations premières de Trump et de Netanyahou.
Depuis 2018, Trump espère obtenir un meilleur accord. Mais les conséquences de son retrait sont très lourdes :
- Depuis 2018, les Iraniens ont poursuivi leur politique d’enrichissement d’uranium. Alors qu’en 2017 leur taux d’enrichissement était de 3,7 %, il dépasse désormais 60 %, selon l’AIEA (2025)³, soit de plus en plus proche des 90% nécessaires à la bombe. Le pouvoir ne serait toutefois pas en train de tenter d’assembler la bombe.
- Les sanctions économiques sont très lourdes et impactent directement la population déjà réprimée par un régime de plus en plus autoritaire.
- Ce retrait implique depuis bientôt dix ans une recomposition des influences. L’Iran se tourne désormais vers la Chine (pour exporter son pétrole) et la Russie.
2025 | Les frappes de juin
Vous avez remarqué que depuis le début de son second mandat, Donald Trump ne parle que de paix, il a d’ailleurs suffisamment fait savoir son ambition d’obtenir le prix Nobel. Il ambitionne donc, comme en Ukraine et à Gaza, de régler le problème iranien.
Mais déterminé à surpasser ses prédécesseurs, il pose une condition radicale : les Iraniens ne doivent plus enrichir l’uranium, DU TOUT, même à des fins civiles. En contrepartie, il propose la création d’une entreprise américaine pour fournir de l’uranium enrichi. Cinq tours de négociations sont organisés en juin 2025, mais les Iraniens rejettent cette exigence. Un dernier tour était prévu pour le 15 juin, mais les événements prennent une tournure inattendue.
Le 12 juin, Israël, sur fond de tensions persistantes depuis l’accord nucléaire de 2015 et de l’attentat du 7 octobre orchestré par le Hamas, lance une série de bombardements contre les sites nucléaires iraniens. Selon Alain Frachon⁴, journaliste au Monde et ancien correspondant à Téhéran, Jérusalem et Washington, Trump, initialement enclin à négocier, voit dans ces frappes une opportunité : le 21 juin, les États-Unis bombardent à leur tour trois sites cruciaux, dont le site de Fordo.
Cet épisode illustre parfaitement la dualité de la stratégie de Trump, tiraillé entre démonstration de force et volonté de négociations. Ses motivations semblent toutefois toujours guidées à la fois par :
- L’argent : l’idée de créer une entreprise pour fournir de l’uranium enrichi.
- La gloire et l’image de faiseur de paix : en frappant après Israël, Trump montre sa capacité militaire tout en prétendant œuvrer pour la stabilité.
Dans une discussion enregistrée pour le podcast de François Hollande Un Président devrait écouter ça, Alain Frachon expliquait déjà en juin 2025 :
”Je vois dans le discours de Trump une instabilité assez inquiétante. Il y a les premières déclarations qui disent “il faut reprendre la négociation, nous ne voulons pas de changement de régime, nous voulons négocier avec eux”.Puis il y a d’autres déclarations, peut-être sous l’hubris de l’ivresse des résultats qui sont beaucoup plus inquiétantes. Il menace d’élargir sa campagne de bombardements si les iraniens ne reviennent pas à la table des négociations et emploient des termes impensables de la part d’un des membres du Conseil de sécurité de l’ONU. “On pourrait tuer Khamenei”.En même temps il y a des déclarations qui sont d’un bellicisme qui ne lui ressemble pas et d’autre part, il réclame que les iraniens reviennent à la table des négociations.”
-François Hollande répond : “Le problème avec Trump c’est que lui-même ne sait pas. […] Dans la diplomatie, l’ambiguïté peut avoir son intérêt, c’est comme cela qu’on arrive à mettre des gens autour de la table car ils ne savent pas ce que vous allez faire. Mais avec Trump, ça peut évoluer du jour ou lendemain…”
Entre bellicisme, encouragé par un Netanyahou survolté après les attentats du 7 octobre, et volonté de négociations, inscrite dans sa promesse de paix envers ses électeurs, Donald Trump a finalement fait son choix cette semaine. L’issue des événements reste, comme à l’habitude du prétendant au prix Nobel de la paix, très incertaine.
Sources
- La longue guerre Iran-Israël-USA. Vincent De Cointet et Ilan Ziv. 2018. Arte.
- Conférence. Guerre de changement de régime en Iran : que va-t-il se passer ?. Kim Ghattas, Pierre Haski et Anthony Samrani. Mars 2026. Le Grand Continent.
- Comprendre l’accord sur le nucléaire iranien en 7 questions. Pierre Breteau, Maxime Vaudano, Jérémie Baruch et Mathilde Damgé. 2015. Le Monde.
- Iran, Israël, États-Unis : la guerre jusqu’où ? avec Alain Frachon. Juin 2025. Podcast : Un président devrait écouter ça. François Hollande.
- L’évolution du programme nucléaire iranien depuis 1953. 2013. Le Monde.
- Droit international : comment l’Iran a-t-il développé son programme nucléaire ?. avec Maïlys Mangin. Mars 2026. France Culture.
- « Sur le nucléaire, la République islamique d’Iran a toujours campé sur une posture ambiguë » Alain Frachon. Mars 2026. Le Monde
- Enrichissement de l’uranium. Dec 2024. Connaissance des énergies.
- Enrichissement de l’uranium : de quoi parle-t-on exactement ?. Juin 2025. Franceinfo.
- Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Mai 2018. Le Monde.
- Note d’actualité : Causes et conséquences du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Mathilde Jeantil. Juin 2018. Centre Thucydide.
- L’Iran avait bien accéléré son rythme de production d’uranium enrichi à 60%, selon un rapport confidentiel de l’AIEA. Sept 2025. Connaissance des énergies.