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Guerre en Ukraine, tornade Trump, guerre au Moyen-Orient, on fait le point sur l'énergie en Europe.
Depuis plusieurs semaines, on ne parle que de la fermeture du détroit d’Ormuz et de son impact sur l’économie mondiale et européenne. Et pour cause : environ 20 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde transite par cette route, et le détroit est clé pour le commerce du gaz naturel liquéfié. Mais à y regarder de plus près, on se rend compte que les pays bordant le détroit n’approvisionnent pas l’Europe en hydrocarbures, mais les pays asiatiques. Dans ce cas, par quels mécanismes sommes-nous autant impactés ?
Pour bien comprendre, on établit aujourd’hui un état des lieux de la dépendance énergétique européenne, et on décrypte les impacts des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
Si vous avez 1 minute
- La dépendance énergétique européenne n’est pas nouvelle. Elle s’élève à presque 60% de la consommation intérieure, et concerne principalement le gaz et le pétrole, hydrocarbures extrêmement volatils et liés aux risques géopolitiques.
- Les pays européens sont inégaux devant cette dépendance : la France est par exemple moins exposée que ses voisins italiens, allemands et espagnols.
- La guerre en Ukraine a forcé les Européens à “dé-russifier” leurs approvisionnements, et à se replier vers les États-Unis, ce qui pèse aujourd’hui dans les négociations commerciales transatlantiques.
- La guerre au Moyen-Orient impacte l’Europe de plein fouet, même si elle n’est pas cliente directe des pays du Golfe. Le gaz présente notamment des risques de pénuries du fait de la concurrence des pays asiatiques sur le marché spot (dont on reparle plus bas), indispensable aux Européens.
État des lieux de la dépendance énergétique
Avant de comprendre l'impact des guerres contemporaines sur l'approvisionnement européen, il faut poser le décor : dans quelle proportion sommes-nous dépendants de pays non-européens ? Qui sont nos fournisseurs ? Pour quel produit énergétique ?
58% d’énergie importée, une tendance longue


En 2024, l’Union Européenne dépendait, pour 58,3 % de sa consommation d’énergie, de ses importations. Cette dépendance concerne surtout le pétrole et le gaz. Ces deux sources représentent 60% de son mix énergétique, ce qui rend la situation préoccupante, puisqu’il s’agit des hydrocarbures les plus volatils, politisés et concentrés géographiquement.
Inégalités entre les pays
À cela s'ajoute une profonde inégalité entre les États membres, ce qui explique en grande partie les difficultés de l'Union à déployer une stratégie énergétique commune. Tandis que la France est moins dépendante que ses voisins, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Irlande et la Grèce dépendent à plus de 60% des importations d’énergie.

De qui dépend l’Union Européenne ?
L’Union Européenne est particulièrement dépendante des États-Unis pour le pétrole, le gaz et le charbon, et par les temps qui courent, dépendre des humeurs de Donald Trump est plutôt risqué…

Pour le pétrole, l'Europe s'est progressivement tournée vers l'Occident. Les États-Unis sont aujourd'hui son premier fournisseur (15 %), devant la Norvège (13 %).
Pour le gaz, la Norvège est devenue le premier pilier de l’approvisionnement européen, grâce à ses gazoducs sous-marins directement connectés à l'Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Les États-Unis s’imposent comme deuxième fournisseur (26%) sous forme de gaz naturel liquéfié acheminé par méthaniers. L’Algérie (13%) achemine son gaz vers l’Italie et l’Espagne via des gazoducs Transmed et Megdaz. La Russie, fournisseur désormais écarté, conserve encore 12% des importations de gaz.
Le charbon a connu un rebond après 2022 : l'Australie et les États-Unis en sont les principaux fournisseurs.
Les impacts géopolitiques
Maintenant que nous avons ces chiffres en tête, essayons de comprendre comment la guerre en Ukraine depuis février 2022, et le conflit au Moyen-Orient depuis octobre 2023 ont recomposé l'approvisionnement énergétique européen. Leurs effets sont distincts, mais ils convergent vers une même réalité : l’Europe est très exposée, et se retrouve constamment contrainte d'arbitrer entre impératifs géopolitiques et intérêts économiques.
La guerre en Ukraine
Pendant des années, l'Europe s'est construite sur un paradoxe : elle finançait son confort thermique et industriel avec du gaz russe bon marché, tout en sachant qu'elle finançait ainsi un État qui risquait de se retourner un jour contre elle. Avant le déclenchement du conflit, la Russie couvrait plus de 40% des importations européennes en gaz naturel (contre 12% aujourd’hui).
Dé-russification
La guerre en Ukraine a mis les Européens face à leur dépendance au gaz vis-à-vis de la Russie : ils cherchent donc à “dé-russifier” leurs importations.

Des divergences
Mais cette stratégie ne fait pas l’unanimité. La Hongrie et la Slovaquie maintiennent leurs contrats d'approvisionnement avec Gazprom via le gazoduc TurkStream, et ont voté contre l'interdiction des importations de gaz russe en octobre 2025. La Hongrie de Viktor Orbán s'est opposée à chaque étape aux sanctions énergétiques européennes, qu’en sera-t-il de Péter Magyar, nouvellement élu ?

Les États-Unis, la bonne solution ?
Les Européens ont donc transféré leurs importations énergétiques de la Russie aux États-Unis. Mais lorsque Donald Trump les méprise en les accusant de voler les États-Unis, menace d’appliquer des droits de douane astronomiques et d’envahir le Groenland, cette dépendance pèse dans la balance lors des négociations.

Le dossier publié par Alternatives Economiques Peut-on s’émanciper des États-Unis ?⁶ relativise tout de même les risques liés à cette dépendance. D’abord, la dépendance énergétique à l’égard des États-Unis est moins risquée du fait de leur régime politique. Contrairement aux apparences, Trump ne peut pas décider de bloquer les exportations américaines sur un coup de tête. De plus, une coupure des approvisionnements impliquerait la perte de leur premier client pour les producteurs américains.
La guerre au Moyen-Orient
Si l’on reprend les chiffres de l’état des lieux, on remarque que seulement 7% des importations européennes de pétrole viennent du Moyen-Orient (Arabie Saoudite) et 4% pour le gaz (Qatar). Pourquoi observe-t-on donc une augmentation des prix de l’énergie chez nous ?
- Les prix du pétrole et du gaz sont fixés sur les marchés internationaux. Quand l’offre baisse, les prix augmentent globalement, même pour l’Europe, et même si elle n’importe pas directement.
- L’Union Européenne est particulièrement exposée aux risques liés au gaz.
- Les pays sont différemment exposés.

En effet, deux types de marché coexistent pour le gaz et le pétrole (mais aussi pour d’autres produits, pour les céréales par exemple). D’abord, le marché à terme implique des contrats sur le long terme : les parties achètent et vendent à un prix défini à l’avance pour une livraison future (6 mois, 12 mois, 18 mois). À l’inverse, le marché spot est un marché au jour le jour⁸, avec des prix fixés en fonction de l’offre et la demande.
Dans le cas du gaz et de l’Union Européenne, la guerre en Ukraine a conduit l'UE à abandonner une grande partie de ses contrats à terme avec la Russie. Elle s’est donc retrouvée à dépendre en grande partie du marché spot. Or, les pays asiatiques, très dépendants du gaz et du pétrole provenant du Moyen-Orient, ne sont plus couverts totalement par leurs propres contrats à terme et viennent concurrencer l’U.E. sur le marché spot, faisant grimper les prix.
L’Allemagne, la Hongrie et l’Italie sont particulièrement exposés aux variations de prix du pétrole et du gaz.
La France, grâce à son pari sur le nucléaire, est moins exposée que les autres pays européens. Mais la France n’est pas pour autant complètement souveraine en matière d’énergie : elle importe 100% de l’uranium nécessaire à la production nucléaire du Kazakhstan, de la Namibie, du Niger et de l’Australie.

L’Union Européenne a donc appris à ses dépends qu’une dépendance énergétique, même auprès d’alliés anciens tels que les États-Unis, peut se révéler très dangereuse. La solution la plus simple, en plus de sauver l’humanité, ne serait-elle pas d’emprunter la voie de la décarbonation ?
“Le problème des Vingt-Sept réside donc plutôt dans leur dépendance aux hydrocarbures importés, d’où qu’ils viennent. Et pour s’en défaire, le remède est connu : si l’UE ne veut pas subir la loi de ses fournisseurs d’hydrocarbures, ou les soubresauts d’un marché plus volatil que jamais, elle doit décarbonner son économie.” Le piège du “freedom gas” américain”. Mathieu Jublin. Avril 2026. Alternatives économiques.
Sources
- Energy in Europe – 2026 edition
- Guerre en Iran : le prix du gaz a presque doublé en europe depuis le début des frappes israelo-américaines. Mars 2026. Toute l’Europe.
- Données Eurostat : Dépendance aux importations énergétiques.
- [Carte] La dépendance énergétique dans l'Union européenne. Juillet 2025. Toute l’Europe.
- Consommation d’énergie par source. Institut de l'énergie - Revue statistique de l'énergie mondiale (2025). Traitement : OurWolrdinData
- Le piège du “freedom gas” américain”. Mathieu Jublin. Avril 2026. Alternatives économiques.
- [Fact-checking] L'Union européenne est-elle toujours dépendante des énergies fossiles russes ? Avril 2025. Toute l’Europe.
- D’où provient le gaz de l’UE ?. Conseil de l’Union Européenne.
- D’où provient le pétrole de l’UE ?. Conseil de l’Union Européenne.
- Mettre un terme aux importations d’énergie russe. Conseil de l’Union Européenne.
- REPowerEU : comment l'Union européenne veut sortir de sa dépendance aux énergies fossiles russes. Janvier 2026. Toute l’Europe.
- L’Europe est-elle prête à faire face à un nouveau choc gazier ? Avril 2026. Le Grand Continent.
- Observatoire de la bataille d’Ormuz. Avril 2026. Le Grand Continent.
- Marché à terme, marché spot. GeoConfluences.
